Tabac en entreprise : le bon moment pour parler prévention autrement
- Guillemette Bourgoing

- il y a 23 heures
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 24 minutes
En entreprise, le tabac reste un sujet sensible. Trop souvent abordé sous l’angle d’obligations, d’interdictions ou de normes, il cristallise des résistances, tant du côté des salariés que des employeurs. Toutefois, certaines périodes se prêtent mieux que d’autres à une approche préventive plus efficace car non encadrées par un temps imparti ou sortant des campagnes nationales. Le mois de mars en fait partie. Moins chargé symboliquement que novembre et le « Mois sans tabac », mars correspond à une phase de transition : reprise d’activité, montée en charge progressive, fatigue accumulée de l’hiver. C’est précisément dans ce contexte que les comportements compensatoires, dont le tabac, prennent tout leur sens. Bien souvent les bonnes résolutions de début d’année sont abandonnées et les rythmes imposés conditionnent une reprise des mauvaises habitudes adoptées parfois depuis de longues années. Il devient alors pertinent de changer de regard et de proposer une approche plus douce, plus globale, plus en adéquation avec les réels besoins et les contraintes du moment. Et c’est en cela que mon accompagnement en tant que naturopathe spécialisée dans l’arrêt du tabac prend tout son sens. A travers le biais de l’arrêt du tabac, c’est toute la personne, et son environnement, qui est pris en considération. Dans une démarche collective l’émulation n’en n’est que plus puissante.
Les limites des campagnes classiques de lutte contre le tabac :

Les campagnes de prévention traditionnelles reposent seulement sur deux leviers qui sont toujours les mêmes depuis des années et qui, de ce fait, ont perdu de leur pertinence. En effet, il ne s’agit plus maintenant de se limiter à donner de l’information sur les risques et inciter à l’arrêt. Que ce soit en milieu professionnel ou même ailleurs, ces leviers ont rapidement atteint leurs limites et se montrent peu efficaces. D’abord par ce que les fumeurs connaissent déjà les risques du tabac et les campagnes de sensibilisation ne touchent plus leurs cibles. Le rappel répété des dangers sanitaires ne modifie pas un comportement qui répond avant tout à un besoin de régulation du stress. D’autre part, l’injonction à l’arrêt, surtout lorsqu’elle est collective et descendante, peut être vécue comme une stigmatisation, voire une mise sous pression supplémentaire, ce qui est parfaitement contre-productif. Par ailleurs, les études menées en santé au travail montrent que le tabac est rarement une habitude isolée. Il s’inscrit dans un ensemble de stratégies de compensation face à la charge mentale, aux contraintes temporelles et aux exigences émotionnelles du travail (INRS, « Addictions et milieu professionnel »). Tant que ces facteurs en amont ne sont pas pris en compte, les actions ciblées sur l’arrêt du tabac même restent peu efficaces et souvent contre-productives.
Tabac, pauses et stress : comprendre la fonction réelle de la cigarette au travail
En entreprise, la cigarette ne se résume pas uniquement à une dépendance à la nicotine. Elle remplit souvent plusieurs fonctions implicites : créer une pause légitime, permettre une coupure mentale, réguler une tension émotionnelle ou retrouver un sentiment de contrôle dans un environnement contraint. Nombre des personnes que j’interroge m’indiquent que ces pauses prennent souvent la forme de réunions informelles, qui leur permettent de revenir sur des sujets abordés, sur des problèmes précis, et qu’elles leur permettent d’avancer dans leur travail, tout en s’accordant un moment de détente. Renoncer à ces pauses crée une sensation de décalage par rapport au reste de l’équipe et peut donner l’impression à la personne de s’isoler. Supprimer ces pauses afin de réduire la consommation de tabac, sans proposer d’alternative, revient donc à retirer un outil sans en offrir un autre. Il s’agit alors de s’intéresser à l’organisation du travail, au rythme des pauses, à la reconnaissance et à la capacité des équipes à récupérer autrement qu’autour d’un cendrier. Bien sûr, physiologiquement, la cigarette a un rôle compensatoire face au stress. La nicotine agit sur la dopamine, impliquée dans la motivation et la récompense, mais aussi sur le cortisol, hormone du stress. Dans un contexte professionnel exigeant, la cigarette devient un outil rapide de régulation, certes imparfait, mais immédiatement disponible. Mais il est illusoire de croire que fumer diminue le stress, bien au contraire (voir mon article), il crée un lien de dépendance et de manque qui ne fait qu’accroitre le stress. C’est pourquoi une approche préventive pertinente ne vise pas en priorité l’arrêt de la cigarette, et par conséquent des pauses cigarettes, mais la diminution du besoin de compenser et proposer des temps d’échanges informels dan un cadre plus vertueux.
Les groupes de parole : une approche collective, non culpabilisante et efficace
Les groupes de parole (voir mon article) sont un véritable dispositif de prévention. Ils sont sans doute un des plus intéressants en entreprise car ils occupent une place particulière. Ils permettent de déplacer le sujet du tabac vers celui du vécu professionnel, sans jugement ni objectif imposé. Dans ces espaces sécurisés, les salariés peuvent exprimer leur rapport à la charge mentale, au stress, comment ils le vivent, comment ils le gèrent, s’ils le ramènent à la maison le soir, s’ils arrivent à s’en départir. Ils peuvent expliquer leur attachement aux pauses, et à leurs habitudes, sans être sommés de changer. Cette parole collective favorise une prise de conscience progressive, souvent bien plus puissante qu’un message normatif ou des campagnes finalement vidées de leur sens. D’ailleurs, l’’INRS souligne que les démarches collectives, centrées sur les conditions de travail et le soutien psychosocial, ont un impact durable sur les comportements à risque, y compris les addictions (INRS, « Prévention des conduites addictives en entreprise »). Les groupes de parole offrent un réel soutien à ceux qui souhaitent se libérer définitivement de leur dépendance à la nicotine. Chacun arrive avec sa propre histoire, son propre rapport au tabac. Certains auront déjà tenté d’arrêter plusieurs fois, avec des méthodes différentes, d’autres auront trouvé des stratégies efficaces pour faire face aux envies de fumer persistantes, tandis que d’autres se lancent pour la première fois. Ces échanges permettent d’apprendre des autres. Ainsi, ces groupes apportent une dimension et un soutien collectifs à un chemin souvent solitaire, facilitant ainsi le succès à long terme. Par ailleurs, ils renforcent également la cohésion d’équipe et le sentiment de considération, deux facteurs clés de prévention primaire et d’adhésion à l’entreprise en général. L’objectif des groupes de parole n’est alors pas de faire arrêter impérativement tout le monde, mais d’ouvrir le débat afin de créer un climat propice à des choix plus libres, plus conscients, et mieux soutenus.
Je peux vous aider :
Parler du tabac en entreprise ne devrait pas être un exercice de contrôle ou de conformité. Et c’est hélas ce qui est le plus souvent proposé, sans doute par le fait que ce sont les seuls outils mis à la disposition des dirigeants d’entreprise et de leur RH. En réalité, parler du tabac en entreprise est avant tout une opportunité de questionner l’ensemble des collaborateurs, fumeurs ou non fumeurs, sur la place du stress, des pauses et de la charge mentale dans l’organisation du travail. C’est un biais qui permet de porter des améliorations structurelles dont le fumeur est l’illustration à son corps défendant. C’est alors l’occasion pour ouvrir ce dialogue autrement, en s’éloignant des injonctions et en privilégiant une approche collective, respectueuse et préventive. La naturopathie, en synergie avec l’entreprise, s’intéresse alors aux causes plutôt qu’aux symptômes. Ainsi l’entreprise agit non seulement sur le tabac, mais plus largement sur la santé, l’engagement et la performance durable de ses équipes. Parce qu’en fin de compte, en matière de prévention, le changement le plus efficace commence rarement par une interdiction, mais par une meilleure compréhension des besoins réels de chacun et de l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise.
Guillemette Bourgoing Naturopathe et réflexologue spécialisée dans l’arrêt du tabac à Villelaure Pertuis et Aix-en-Provence
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Gollac Michel ; Bodier Marcel : « Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail. Paris, Ministère du Travail / Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, 2011.
Le Moal Michel ; Koob George F. “Drug addiction: pathways to the disease and pathophysiological perspectives ». European Neuropsychopharmacology, vol. 17, n°6-7, 2007, p. 377-393.


















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