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  • Guillemette Bourgoing

Et le papa dans tout ça ?

Dernière mise à jour : 30 nov. 2022


Devenir père, c’est entrer dans le cycle de la vie. C’est une étape normale qui s’accompagne toujours d’une forme de maturation pour les hommes. Mais c’est aussi un facteur de fragilisation individuelle et dans le couple. Le parcours de l’homme dans la paternité est beaucoup plus complexe que pour la femme qui, elle, se connecte à son enfant dès le début de la grossesse. Pour le conjoint, qui n’est que témoin des changements, le cheminement vers la paternité est surtout mental avec son lot d’angoisses par rapport à la santé du fœtus, de la mère, par rapport à l’accouchement et après... Se réactivent des questions sur son lien avec ses propres parents, notamment son père (identification ou distanciation). Alors que le ventre de la mère s’arrondie, qu’elle est suivie et soutenue aussi bien physiquement que psychiquement si elle le souhaite, le père en devenir a parfois du mal à trouver sa place, aussi impliqué soit-il.

Le sentiment de paternité peut se manifester dès l’annonce de la grossesse, comme il peut apparaître seulement à la naissance du bébé, voire quelques mois plus tard. Il peut alors se sentir exclu, peu concerné, et adopter un comportement de fuite (dans le travail ou par une séparation) voire basculer dans une dépression postnatale. Ainsi, même si le conjoint ne vit pas la grossesse dans son corps, il a besoin des neuf mois pour se préparer à être père, pour adopter les gestes au quotidien qui lui permettront, en épaulant la mère, de se positionner en tant que père et non en tant que seconde mère.

Pendant la grossesse, la mère doit adopter une alimentation saine et équilibrée afin de permettre au bébé de bien se développer. C’est le moment pour le père, si ce n’est déjà fait, de s’intéresser et de s’investir dans la qualité des repas préparés à la maison, sur la provenance d’aliments sains, de faire les courses en prenant en compte les besoins physiologiques de la mère mais aussi ses envies, aussi saugrenues soient-elle. De même cette dernière peut avoir besoin de se sentir plus soutenue, d’avoir plus d’attention, de parler du bouleversement qui se passe en elle. D’ailleurs c’est à la mère aussi d’apprendre à déléguer et demander, tendre la perche également pour un petit massage du dos ou des pieds, ou un bon bain chaud. Par ailleurs, les visites régulières chez le gynécologue (ou sage-femme) qui la suit permettent aussi au père de poser des questions, d’écouter les recommandations et de s’impliquer dans le suivi de la grossesse. Les échographies régulières permettent de concrétiser l’existence du bébé et de voir son évolution, entendre les battements de son cœur, de voir son sexe et ainsi se projeter sur la petite fille ou le petit garçon à venir. La présence du père est aussi importante lors de cours de préparation à l’accouchement. Il est fondamental que les deux soient préparés à ce qu’il va se passer afin que le père puisse offrir un sentiment de sécurité au moment venu. S’impliquer dans le parcours de soins et dans toutes les décisions concernant le bébé permettra au futur père de prendre progressivement confiance en lui.


Car l’accouchement représente souvent un véritable choc émotionnel pour le père. Face à la souffrance de la femme qu’il aime, qui est en train de donner vie à ce bébé tant attendu, il peut ne pas savoir quoi faire, se sentir inutile alors que sa compagne a souhaité sa présence. Cette forme d’impuissance peut être source d’anxiété de sa part et il traverse une succession de diverses émotions qui peuvent être compliquées à gérer, comme l’inquiétude, l’anxiété, l’impatience, la fierté, la joie ou la peur de mal faire. Et cela d’autant plus s’il ne s’autorise pas à s’y connecter, s’il est seul ou qu’il se sent jugé par sa famille, belle-famille ou encore sa propre compagne. Alors que pourtant la place du père est fondamentale lors de l’accouchement. Il devient le seul repère de sa femme. Il va pouvoir l’apaiser par des mots et des gestes tendres, l’encourager dans ses efforts, l’aider à changer de position ou la soutenir, l’accompagner dans son souffle, la rafraîchir si elle a chaud, la couvrir si elle a froid… Il est là, présent, est entièrement là, pour sa femme et pour l’enfant qui est en train de naitre. Et s’il le souhaite, il pourra clamper le cordon, prendre son bébé dans les bras, sur sa peau, pour rentrer cette fois en contact direct avec son nouveau-né. La naissance de son enfant est pour le père le moment clé de son investiture en tant que papa.

Enfin, si le rôle du père, au début, est de protéger la mère et le bébé contre tout ce qui pourrait s’immiscer entre eux, il a également toute se place comme soutien dans l’allaitement du bébé. D’ailleurs, un père qui soutient sa compagne lors de l’allaitement permet que celui-ci perdure plus longtemps. La décision d’allaiter revient le plus souvent à la mère, mais il devient compliqué s’il n’est pas souhaité par les deux. Par sa présence, par ses attentions, le père conforte la mère dans son choix de donner le sein à son enfant : il peut la sécuriser en faisant barrage aux visites si elle souhaite rester au calme, il peut créer un environnement calme et apaisant, faire en sorte qu’elle puisse boire, se sentir bien, assurer les tâches ménagères, les courses... Il peut aussi rester à côté ou la prendre dans ses bras… se lever la nuit pour changer et apporter le bébé pour qu’elle puisse le nourrir.

A ce moment, la fusion mère enfant est encore très intense, et il s’agit alors pour le père de créer d’autres moments d’intimité avec son bébé. Il peut le changer, lui donner le bain, le garder en peau-à-peau en lui parlant doucement, le garder sur lui avec une écharpe de portage pour une promenade ou juste dans la maison pendant que la maman se repose, ou prend sa douche.


Ainsi le père a toute sa place, et doit la prendre, dans la conception d’un enfant. Il n’est pas qu’un simple géniteur. Son rôle est fondamental pour que l’enfant se détache progressivement de sa mère pour pouvoir s’incarner en tant que personne, en tant qu’individu. C’est lui qui conduit l’enfant vers plus d’autonomie et le responsabilise. Et pour cela il faut que le lien se crée au plus tôt avec son enfant, qu’il se sente entièrement investi de sa mission dès que le désir d’enfant se fait sentir au sein du couple. Pour cela il n y a pas de mode d’emploi, il fait ce qui lui semble être juste, c’est ce qui importe pour la construction de l’enfant.


Guillemette Bourgoing, naturopathe et réflexologue.

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