• Guillemette Bourgoing

Les bienfaits d’une soirée sans écrans

En à peine quelques décennies, le poste de télévision qui trônait fièrement dans le salon, s’est vu escorté d’une multitude d’écrans répondant à diverses missions : téléphones, ordinateurs, tablettes, consoles de jeux, montres connectées, électroménagers connectés… Les écrans, en moyenne 5 par foyer, envahissent les maisons et deviennent omniprésents dans le quotidien des enfants. Par ailleurs, avec l’accroissement du télétravail, les enfants voient leurs parents de plus en plus devant leur ordinateur et reproduisent tout naturellement ce qu’ils voient. Outre l’impact environnemental plus que préoccupant, de plus en plus d’études tirent l’alarme sur les effets délétères provoqués par une surexposition aux écrans.



Repli sur soi, troubles du langage, du sommeil ou de l’alimentation en sont les plus visibles. Alors réapprendre à jouer, s’instruire, se cultiver, lire, dessiner, partager peut devenir un véritable défi pour certains. Commencer par une soirée sans écran peut être une révélation. Elle peut être une soirée de partages et de joie, mais aussi un véritable tourment. Elle sera le révélateur de votre niveau d’addiction, ou pas, aux écrans. Quoiqu’il en soit, une soirée sans écran c’est une soirée qui permet d’en éviter les impacts à plus ou moins long terme :


Sur la qualité du sommeil : la lumière bleue diffusée par les écrans envoie un message erroné à notre organisme. En effet, lorsque le soleil se couche, nous produisons de la sérotonine afin de nous amener, entre autres, à ralentir, nous poser. Elle est le précurseur de la mélatonine qui est l’hormone du sommeil (voir l'article sur le rythme circadien : https://www.naturopathe-aix-pertuis.com/post/le-rythme-circadien-le-métronome-de-notre-organisme ). Or la lumière bleue est une des composantes de la lumière du soleil. Ainsi, la télévision, comme tout type d’écrans, loin de calmer les enfants, de les apaiser, freine le processus physiologique qui conduit progressivement à un sommeil de bonne qualité (la mélatonine est secrétée en soirée pour atteindre son pic de sécrétion entre 2 et 4 heures du matin). Ils s’endormiront plus par épuisement, avec peut-être un temps plus long pour parvenir à un sommeil profond et réparateur. Les enfants et les personnes âgées y sont particulièrement sensibles. C’est la raison pour laquelle, dès que le sommeil est perturbé, c’est une des premières choses à envisager : remplacer les écrans par un bon livre avant de se coucher, ne pas laisser d’objets lumineux (smartphones, veilleuses, réveils à projection…) dans la chambre à coucher.


Pour les tout jeunes enfants, les impacts des écrans vont bien plus loin. A commencer sur l’apprentissage du langage. L’acquisition du langage ne se fait pas uniquement en écoutant mais en interagissant avec des personnes réelles. Des personnes avec qui échanger un regard, sentir des émotions réelles, dans une situation, une ambiance, un environnement. Regarder passivement la télévision n’aide pas à communiquer de vive voix, entendre les sons qui sortent de notre bouche, faire que les mots entendus deviennent les notre dès le plus jeune âge. De même, pour développer leurs capacités cognitives, les enfants jouent, observent, imitent les plus grands, puisent dans leur imagination. Or, le temps passé devant un écran est un temps d’inactivité qui les coupe de ces ressources en phase d’enrichissement. Comme pour l’agilité et la motricité d’ailleurs. Tout ce qu’un enfant fait avec sa tablette, il ne le fait pas avec ses mains et tous ses sens. La 2D ne permet pas d’acquérir les repères spatiaux-temporels, de faire appel au toucher, à l’odorat. Elle ne permet pas de manipuler un objet, de le sentir… Par ailleurs, les écrans favorisent une hyper-stimulation visuelle et auditive qui excite le système nerveux sans que l’enfant puisse en prendre conscience et la gérer. Cette excitation devient vite compulsive et accapare alors toute son attention. Ce qui impacte ses capacités de concentration (ne répond plus, répond à côté) même lorsque l’enfant a repris une activité autre et surtout s’il reste un écran en fonctionnement dans la pièce. Enfin, les enfants qui passent beaucoup de temps devant des écrans voient leur activité physique réduite en empiétant sur les activités non sédentaires comme le sport, les jeux, les promenades en famille… Avec le risque associé d’obésité précoce. D’autant plus si ces enfants mangent devant la télévision car les nombreux messages qu’elle envoie perturbe les signaux et donc l’attention à la sensation physiologique de satiété.

Et pour finir, ce sont des enfants qui ne savent plus s’ennuyer. Bien qu’il ne soit pas toujours facile pour un parent de voir, et supporter, que son enfant tourne en rond, désœuvré comme une âme en peine, ce sont des moments indispensables pour qu’il puise dans ses ressources créatives (trouver une activité intéressante), de partage (inviter un proche à jouer), de respect de l’autre (accepter que l’autre ne soit pas forcement disponible), d’empathie ou se connecter à ses émotions (que se joue t-il pour lui à ce moment précis ?).


Ainsi, introduire une soirée sans écran peut être un véritable défi mais un défi qui en vaut le coup ! Et pour toute la famille. C’est l’occasion de se rappeler qu’on a un frère ou une sœur avec qui jouer. C’est ressortir de vieux jeux oubliés au fond du placard. C’est trouver du temps pour dessiner, peindre, copier, coller, percer… C’est rester dehors jusqu’à ce qu’il fasse nuit. C’est se pelotonner dans un fauteuil avec une pile de livres, ou pour rêver, écouter un disque, une histoire… C’est discuter, échanger, raconter, inventer des histoires, parler aux grands, expliquer aux petits… C’est aider, cuisiner, plier, ranger… ensemble ! Très rapidement cette soirée ne sera plus un défi mais un rendez-vous, voire une habitude ! Pour que les écrans reprennent leur place, dans les sacs ou les poches, dans les placards ou les tiroirs, éteints ou en veilleuse, juste là quand il faut… à minima !


Et pour vous, comment se passe la vie sans écran ? N’hésitez pas à partager vos expériences, bonnes ou plus compliquées. Elles ne sont en tous cas jamais mauvaises. Même inconfortables, les expériences permettent de réaliser où nous en sommes, ce qui pourrait être changé ou amélioré.


Et puis, comme pour toutes les dépendances, je peux bien sûr vous accompagner tout au long de ce cheminement.


Guillemette Bourgoing Naturopathe et Réflexologue


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