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  • Guillemette Bourgoing

La flore intestinale du bébé


Il a été d’usage pendant longtemps de considérer le placenta et donc le liquide amniotique, comme étant parfaitement stériles, le bébé n’étant exposé aux bactéries, et donc colonisé, qu’au moment de l’accouchement. Le mode d’accouchement (voie basse ou césarienne) était, et l’est toujours, déterminant pour l’établissement et la qualité du microbiote du nouveau-né. Avec l’impacte que l’on connait aujourd’hui sur l’état de santé de l’enfant et tout au long de sa vie (voir mon article https://www.naturopathe-aix-pertuis.com/post/l-importance-d-une-flore-intestinale-en-bonne-santé ). De nombreuses pathologies sont associées à un déséquilibre (dysbiose) de la flore intestinale, notamment chez les personnes allergiques. D’ailleurs, l’organisation mondiale de l’allergie (WAO : Worl Allergy Organization) recommande la prise de probiotiques chez la femme enceinte afin de prévenir les risques d’eczéma atopique chez les l’enfant. Toutefois, de récents travaux indiquent que l’utérus, comme le liquide amniotique et le placenta, auraient leur propre microbiote (au même titre que d’autres organes, comme les poumons, auparavant considérés comme stériles). Ainsi, le fœtus peut déjà rencontrer in-utero des bactéries, caractérisées par une faible biomasse, et commencer à établir son microbiote avant même l’accouchement et la rencontre du microbiote vaginal, fécal et cutané de sa mère.

L’embryon qui s’implante dans l’utérus est mis au contact du microbiote de ce dernier qui joue sans doute un rôle important dans la viabilité et le développement du futur fœtus. Par ailleurs, la cavité utérine est remplie de liquide amniotique dans lequel baigne le fœtus et qu’il ingère. Or, même si le liquide amniotique est décrit comme étant stérile, et présentant une certaine activité antimicrobienne, on a retrouvé dans des prélèvements par amniosynthèse des colonies de bactéries. Enfin, le placenta a un rôle fondamental pendant la grossesse, avec notamment une fonction immunitaire importante puisqu’il doit compter avec les antigènes reçus du père. Et pourtant il est aussi lui-même colonisé par des bactéries, en dehors de tout contexte infectieux. Des bactéries ont aussi été trouvées au niveau du cordon ombilical, suggérant une colonisation possible par voie sanguine. Ainsi, le fœtus est mis très tôt en contact avec un microbiote qui présente sans doute des fonctions physiologiques non encore définies. Toutefois, des profils particuliers de microbiotes semblent responsables de certaines complications dans la grossesse : diabète gestationnel, naissance prématurée, surpoids ou trop faible poids à la naissance, pré-éclampsie, qui peuvent avoir des conséquences à long terme sur la santé de l’enfant.

Car, en effet, l’importance du microbiote, vivant en symbiose avec l’organisme qui l’héberge, est très large et va bien au-delà d’un simple confort intestinal. D’ailleurs, on le considère, comme pour celui de l’intestin, comme un organe à part entière du fait des nombreuses fonctions qui lui sont attribuées : barrière contre les microorganismes pathogènes (freine leur développement et produisent des métabolites antibactériens), maturation et homéostasie du système immunitaire (réponse efficace contre les pathogènes tout en conservant une certaine tolérance vis-à-vis de certains antigènes inoffensifs), fonctions métaboliques (aide à la digestion de certains nutriments, production de métabolites essentiels et de vitamines). D’ailleurs, un déséquilibre du microbiote est systématiquement associé à des pathologies aussi diverses que multiples : maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), autisme, état dépressif, obésité… Par ailleurs, de nombreuses études ont mis en lumière le lien entre des pathologies, comme l’eczéma, l’allergie, l’asthme ou une MICI, et une modification précoce du microbiote intestinal du nouveau-né due à une naissance par césarienne ou une antiobiothérapie néonatale (qui altèrent particulièrement l’établissement d’une colonisation bactérienne saine). A contrario, un environnement présentant une grande diversité de microorganismes, avec des animaux, à la campagne, semble être un facteur immuno-protecteur.

Ainsi, au vue de l’importance d’un microbiote sain sur le devenir de la grossesse et de la santé future de l’enfant, il est important d’anticiper une grossesse des mois à l’avance pour rétablir l’équilibre des flores bactériennes de la future maman (intestinale, vaginale, cutanée, utérine, bucale…). Il serait illusoire de s’imaginer y parvenir par la simple prise de probiotiques. Ce n’est pas suffisant. D’autant plus qu’on ne connaît pas encore vraiment l’origine des bactéries qui colonisent utérus et placenta (bactéries de la bouche et de l’intestin de la mère qui pourraient transloquer via la circulation sanguine et atteindre le placenta, ou passage des membranes péritonéales). C’est tout un équilibre qu’il s’agit de rétablir en offrant une grande diversité de mises en contact avec divers microorganismes bénéfiques pour l’hôte. Et cela au moins trois mois avant la conception, en poursuivant jusqu’au moins les 2 ans révolus de l’enfant.


Guillemette Bourgoing, Naturopathe et réflexologue.

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